Etre ou ne pas être… l’homme et son squelette

Marina ABRAMOVIC, Carrying the skeleton, photographie, 2008
Le musée Maillol ouvre ses portes pour une exposition à ne pas manquer !
Le thème, « Vanités », présente l’histoire de la mort dans le monde de l’art, de Pompéi à aujourd’hui.
Le point fort de l’expo est la volonté de comparer les maîtres anciens aux artistes d’art contemporain.
Que se cache derrière ce terme de « Vanités » ?
Crânes, sabliers, bougies, fleurs fanées symbolisent le temps qui passe, la futilité des choses, de la matière et de l’homme face à la mort.
L’art reprend ces symboles, car l’homme est conscient du côté éphémère de la vie…
Le temps m’échappe et fuit comme disait le poète Lamartine.
Au XVe, les crânes n’étaient pas un sujet à part entière : ils étaient souvent présents dans les tableaux religieux pour faire réfléchir l’homme sur la mort associée à la religion :

Mantegna, Crucifixion, huile sur toile, XVe
Le crâne, dans les crucifixions, est discrètement posé sous la croix.
L’artiste plus moderne Paul Delvaux reprend cette image dans son absurde Ecce Homo :

Paul Delvaux, Ecce Homo, huile sur toile, 1957
Il reprend la figure du Christ crucifié mais de façon plus actuelle : le crâne prend toute son ampleur, les hommes deviennent squelettes, la lumière divine est transformée par des projecteurs.
Cette vision est angoissante, fantomatique, voire apocalyptique !
Dès le XVIIe, les artistes représentaient ces crânes, mais de façon profane.
Le crâne devient un objet posé sur une table, une nature morte :

Jacques LINARD, Vanité à la chandelle, peinture à l’huile, 1644
Picasso s’inspire de ces versions profanes pour une vision plus colorée de la nature morte :

Pablo PICASSO, Poireaux, crâne et pichet, huile sur toile, 1945
Dans une explosion de couleurs, la nature morte traditionnelle représentant des légumes se transforme en réflexion sur la mort chez Picasso.
Le crâne, au centre du tableau, est déconstruit, anguleux mais tout de même reconnaissable.
Et Andy Warhol reprend cette vision colorée de la mort mais semble bien plus obsédé : il ne garde de la nature morte que le crâne, dans ses séries intitulées Skull.
1960 est le début des « Années Sida », la mort est au cœur de l’art.

Andy WARHOL, Skull, peinture acrylique et sérigraphie sur toile, 1976
La différence avec les crânes des Anciens ? Ceux de Warhol sont colorés, et prennent de plus en plus d’importance : la présence de bougies ou de fleurs n’est plus nécessaire, seuls compte l’homme et son corps.
Dans l’art contemporain, les artistes sont de plus en plus obsédés par ce crâne, unique, qui nous regarde :
Cindy Sherman photographie la mort au travail en s’inspirant des tableaux anciens :

Cindy SHERMAN, photographie, 1992
Ses photographies, retravaillées, ressemblent à de véritables tableaux aux couleurs contrastées.
Le photographe Robert Mapplethorpe s’inspire aussi de l’héritage ancien :

Robert MAPPLETHORPE, Autoportrait, photographie, 1988
L’artiste se photographie en train de mourir, serrant sa canne à tête de mort.
Le crâne vivant mais bientôt mort, et le crâne mort nous regardent tous les deux, comme pour nous demander notre avis face au temps qui passe.
Cette photographie est directement inspirée du Caravage :

LE CARAVAGE, Saint François en méditation, huile sur toile, 1606
Mapplethorpe reprend le procédé du Caravage : saint François vivant regarde le crâne déjà mort et médite sur son sort.
Chez Mapplethorpe, l’homme ne regarde pas la mort, il nous regarde, défie le spectateur, en vie.
Crânes qui nous regardent…Vision déstabilisante de la mort qui nous prend à témoin !
D’autres artistes s’intéressent à ce thème de la mort qui nous regarde directement :

Annette MESSAGER, Gants-tête, gants et crayons de couleurs, 1999
En jouant sur les matières, Messager représente la mort dans une vision enfantine : de près, les crayons de couleurs sont des tâches informes, mais de loin, une tête de mort se forme sous nos yeux.
D’autres artistes jouent sur les matières pour figurer des crânes :
Le crâne de Damien Hirst est fait de diamants, une matière noble posant la mort comme quelque chose de rare et précieux.

Damien HIRST, For the Love of God, diamants, 2007
Le crane de Jan Fabre, à l’inverse, est fait en…véritables insectes morts !

Jan FABRE, L’animal de Dieu, crâne, ailes de coléoptères, bête empaillée, 2000
Rien de mieux que d’utiliser la mort elle-même pour la représenter !
Le rongeur, mort puis empaillé, est croqué par un véritable crâne, lui-même décoré par ces blattes sans vie !
Cet amas de scarabées déstabilise et dégoute le spectateur mais agit aussi comme un véritable bijou : admirez ces couleurs brillantes, dignes des couleurs d’un rare joyau.
Certains orfèvres utilisent la mort pour créer des bijoux.
Le musée en expose certains, comme des bagues, collier et boucles d’oreilles aux vanités : matières nobles et brillantes comme les diamants et l’ivoire sont, là encore, prétextes à une représentation de nos ossements.

Et autre œuvre assez originale : le théâtre d’ombre de Boltanski !

Christian BOLTANSKI, Théâtre d’ombre, cuivre, 2009
Visages angoissants et squelettes dansent au rythme de la lumière.
La matière est éphémère, c’est le message des artistes anciens.
Chez Boltanski, un nouveau message : l’ombre aussi est éphémère et représente bien la fugacité de la vie.
Mais ne vous découragez pas, cette exposition n’a rien de morbide, son leit-motiv est d’ailleurs inscrit dès l’entrée : « C’est la vie ! ».
Retrouvez l’œil de Juliette dans 2 semaines ;)
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Puisque vous semblez intéressée par les vanités, je vous invite à découvrir les miennes. Je suis artiste plasticienne anecdotière. Mon idée est de questionner les vanités contemporaines, le caractère éphémère des choses, voire la futilité des préoccupations humaines, somme toute fort anecdotiques par la création d’une chaîne virtuelle d’objets photographiés ou filmés, commentés et envoyés par mail à tout mon carnet d’adresses. Les destinataires, appelés avec tendresse « Public-chéri-mon-amour » en hommage à feu l’humoriste Pierre Desproges, sont libres de le lire ou non, de l’enregistrer, de le jeter ou de le transférer et ont toute liberté de le commenter, donner leur avis, voire leurs conseils, cette œuvre se voulant résolument contemporaine et donc « démocratique » tant il est vrai qu’aujourd’hui on ne prend plus aucune décision sans demander l’avis du citoyen Lambda qui, souvent, est complètement ignare dans le domaine duquel on lui demande son avis. Cette oeuvre est évolutive, inscrite dans la durée et sans aucun autre intérêt que celui qu’on en fait. Pour trouver une trace des « Vanités d’Anne Hecdoth », je vous invite à aller sur mon blog : anne-hecdoth.blogspot.com
Bonne promenade ! A.H.
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