Titien VS Tintoret : le peintre et la femme à Venise
Le musée du Louvre présente de grands chefs d’œuvre dans son exposition « Rivalités à Venise : Titien, Tintoret, Véronèse ».
Un détail a attiré mon attention : l’omniprésence de la femme dans les tableaux à Venise au XVIe !
La femme, être mystérieux aux multiples facettes :
La femme mise en danger
Sous le thème de Tarquin et Lucrèce, la rivalité de Titien et de son cadet Tintoret se fait sentir…
Qui sont Tarquin et Lucrèce ? Dans le mythe, Tarquin viole Lucrèce, qui se suicide ensuite… Histoire pas très joyeuse, mais quelle est l’interprétation des Maîtres italiens ?

TITIEN, Tarquin et Lucrèce, 1568-1571, huile sur toile, Cambridge
Ce qu’il faut retenir chez Titien, c’est la richesse des couleurs… Etoffes, bijoux sont traités avec précision et rappellent la sensualité de Lucrèce, femme nue dans un lit aux draps défaits.
Beauté s’allie ici avec violence : le jeu de regards entre l’agresseur et sa victime agit comme une tension, les gestes sont brutaux.
Remarquez cette troisième figure, derrière le rideau, qui regarde la scène. Sa présence déstabilise : il soulève le rideau, tel un voyeur qui regarde une scène interdite.
Et ce voyeur, c’est aussi nous, spectateurs face à la scène dévoilée sous nos yeux…
Quelle est la version du Tintoret ?

TINTORET, Tarquin et Lucrèce, 1580, huile sur toile, Chicago
Tintoret, dix ans après, nous dévoile une version bien plus agitée : la composition, les figures et les mouvements sont animés d’une violence sans pareil.
Sous l’agression de Tarquin, le lit à baldaquin s’effondre. Voyez ces sculptures à terre, signe de la destruction du lit. Ce détail de la sculpture, corps de pierre, s’oppose à Lucrèce, ce corps vivant désiré et violenté.
Tarquin, debout sur le lit, tire Lucrèce dans un élan de violence : au passage, les corps se tordent, les habits se déchirent, et le collier de perles de Lucrèce se casse…
Tintoret arrive avec talent à figer le mouvement des perles qui tombent à terre. Ouvrez vos yeux, admirez le détail au niveau du sexe de Lucrèce, objet tant convoité par Tarquin : une perle se situe juste devant, attirant notre regard vers le mont interdit…
La femme désirée
Autre mythe qui permet une comparaison Titien/ Tintoret : Danaé, cette femme qui se fait fécondée par Zeus, incarné sous la forme de pluie d’or.
Titien en établit deux versions en dix ans :

TITIEN, Danaé, 1544, huile sur toile, Naples
Dans la première version, Titien joue sur la sensualité de cette Danaé : l’éclat de la peau rend l’effet de chair et de vie propre aux corps chauds et désirés.
Zeus, figure masculine et fécondante, est incarné par une pluie d’or. Titien joue sur l’or, représentant des pièces de monnaie tombant du ciel. Ces pièces d’or tombent du ciel, pour aller directement entre les cuisses de Danaé, figurant l’étreinte amoureuse.
Et face à cette scène très intime, Cupidon regarde l’ébat : cette allégorie de l’amour est directement présente autour des deux amants.
Dans sa deuxième version, Titien remplace Cupidon par une servante :

TITIEN, Danaé, 1553, huile sur toile, Madrid
Cette vieille servante semble assez avare : son aspect repoussant s’oppose à la blancheur sensuelle de Danaé.
La pluie d’or est toujours matérialisée par des pièces, bien plus dorées que dans la première version. Titien joue sur un effet d’irradiation avec le contraste entre les couleurs dorées et le ciel assez sombre. La vieille ramasse ces pièces dans son tablier, véritable symbole de l’amour vénal de l’argent.
Et Tintoret dans tout ça ?

TINTORET, Danaé, 1580, huile sur toile, Lyon
Tintoret reprend l’invention de Titien : la pluie d’or est directement matérialisée par une effusion de pièces de monnaie.
L’amour vénal est porté à son comble : la servante qui recueille la monnaie est une maquerelle, qui récupère l’argent gagné par le corps de sa prostituée…
Quand le mythe est prétexte à une scène de genre érotique…
La femme regardée
Autre représentation de la femme sous le signe des jeux de regards :

TITIEN, Vénus au miroir, 1555, huile sur toile
Titien invente une version bien plus érotique d’un thème connu : sa Vénus est bien plus dénudée, laissant transparaître sa poitrine. Une certaine sensualité se dégage de ce corps nu.
Vénus se regarde dans une glace portée par des amours. Le reflet ne découvre pas la face cachée de la femme nue, mais seulement son œil, qui nous regarde directement : Vénus semble surprendre le regard indiscret du spectateur.
Nous ne la voyons pas, son visage dans la glace reste mystérieux : le spectateur, face à cette partie invisible de son corps, la désire encore plus. Désir n’est-il pas synonyme de mystère ?
Tintoret n’a pas représenté de Vénus au miroir, mais une Suzanne, peinte la même année que la Vénus de Titien. L’héroïne biblique ressemble à une Vénus au miroir.
Les jeux de regards, très subtils, sont mis en œuvre dans sa version :

TINTORET, Suzanne et les vieillards, 1555, huile sur toile
Suzanne devant un cours d’eau, se toilette, entourée d’objets sensuels et féminins : parfum, peigne, brosse, bijoux… Deux vieillards passant par là découvrent la scène et ne se privent pas pour la regarder à son insu. Le thème du regard est au centre de l’histoire biblique, mais aussi de la composition du Tintoret :
Suzanne est devant son miroir : premier jeu de regard.
Elle se contemple, mais nous ne voyons pas son reflet dans le miroir…. Seul son reflet dans l’eau est visible. L’eau est donc le deuxième miroir, où le miroitement est possible : second jeu de regard.
Par contre, un des deux vieillards profite de ce miroir pour regarder indirectement Suzanne… Troisième jeu de regard
Et l’autre vieillard regarde Suzanne. Son regard de voyeur est possible car il se cache derrière le parapet : Quatrième jeu de regard.
Enfin, cinquième jeu de regard : nous, spectateur, face à la scène.
Nous sommes ce troisième vieillard, ce voyeur qui possède la vision la plus sensuelle : Suzanne, sans le savoir, nous présente directement son sexe. Le spectateur est le privilégié : il est devant la vue la plus indiscrète de la scène…
Après tout ça… Faites vos jeux : Titien ou Tintoret ?
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Merci pour ce bon moment d’observation…
Femmes regards reflets mystères…
Troublantes interprétations de ces grands d’il y a longtemps!
Moi je mise sur Tintortet
quels coquins ces vieillards!
Bip
Serais tu quelle moment de l’histoire c’est ?
Cette histoire provient de l’Ancien Testament, Livre de Daniel et du Nouveau Testament, L’Evangile selon Saint Luc : nous sommes environ vers le début de l’histoire, où Suzanne, très belle est surpise par des notables. ils la regardent, veulent la séduire, mais elle ne se laisse pas faire, ce n’est pas une fille facile !!
BREF, ils l’accusent de séduction, mais le fameux prophète Daniel sauve la jeune demoiseille. Moralité : lapidation pour ces hommes remplis de luxure !!
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