Henri de Toulouse Lautrec et ses affiches

Qui ne connaît pas ce petit bonhomme qui a révolutionné l’art parisien au XIXe ?
Le musée de la publicité nous présente pourtant un Toulouse Lautrec moins célèbre, l’affichiste.
Sa production d’affiche est en effet limitée : 31 lithographies seulement !
Ses gravures sur pierre en couleur révolutionnent le regard sur l’art de l’affiche : ce support devient une véritable œuvre, et plus seulement une vulgaire affiche de publicité.
Mais pourquoi les affiches de Lautrec vont au-delà de la simple réclame ?
Tout d’abord, par sa signature : celle de Lautrec est reconnaissable parmi tant d’autres.

Ce monogramme s’inspire directement de l’art japonais : c’est le sigle présent sur les sabres, le « tsuba », et le « mon », ce motif en cercle représentant des armoiries.
Mais Lautrec est aussi un parisien, témoin de l’effervescente vie artistique de Montmartre.
Peintres, musiciens, écrivains fréquentent les cabarets au XIXe siècle. Lautrec, dans ses affiches, dépeint cet univers de musique et de décadence.
Petit aperçu :
Toulouse Lautrec, Le Moulin Rouge, lithographie, 1891
En parlant de décadence, sa première affiche est une commande du Moulin Rouge, le célèbre cabaret parisien.
La silhouette noire au premier plan rappelle l’art de l’estampe japonaise.
C’est Valentin le désossé, connu pour ses danses déstructurées et ses contorsions.
Valentin le désossé, l’ancêtre du break dance ?
En tous cas, il est le partenaire de La Goulue, avec sa robe blanche à froufrous.
Louise Weber, alias La Goulue, est la reine du quadrille de l’Elysée Montmartre, et danse aussi pour le Moulin rouge.
Lautrec s’intéresse au mouvement, à la musique, aux nuits folles passées dans ces cabarets… Il dresse aussi le portrait de Jane Avril, dite la Mélinite.

Toulouse Lautrec, Jane Avril, lithographie, 1893
Cette danseuse de french cancan intéresse l’artiste pour ses tenues originales. Lautrec disait d’ailleurs qu’ « elle danse comme une orchidée en délire »… Et cette orchidée ne s’est pas fanée avec le temps !
Figée dans son heure de gloire par Lautrec, Jane Avril lève la jambe vers le ciel, sous le rythme de la contrebasse au premier plan.
L’art de Lautrec n’est pas figé, il est vivant, et nous avons la réelle impression d’entendre la musique du cabaret à nos oreilles.
A l’inverse, Lautrec s’est aussi passionné pour la laideur, comme l’attestent les portraits de May Milton, comparée à un bouledogue par ses contemporains !

Toulouse Lautrec, May Milton, lithographie, 1895
Cette rousse, assez laide, s’embellit sous la main de Lautrec, amoureux de toutes les femmes. Ses traits sont grossiers, mais son corps semble flotter dans cette chemise de nuit blanche.
Avec les yeux de Lautrec, le bouledogue se métamorphose en ange !
Plus que les cabarets, Lautrec fréquente aussi les maisons closes.
Petite anecdote assez rigolote : Lautrec vit dans les maisons closes, les prostituées étaient ses amies. Qualifié de « peintre des bordels » par certains envieux, Lautrec leur rétorque : « Bordel ! Ben quoi, bordel ! Nulle part je me sens chez moi. J’ai enfin trouvé des filles à ma taille ». Les filles de joie s’entichent de ce petit homme, seul et exclu de tous.

Toulouse Lautrec, Le Moulin Rouge, lithographie, 1891
Ce qui est intéressant dans la vision de Lautrec des prostituées, c’est sa faculté à observer ce qu’il voit. Il ne dénonce rien, ne juge pas : il est l’un des leurs, et peut les représenter dans leurs poses naturelles, entre deux venues de clients.
Mais n’oublions pas les hommes…
Lautrec ne représente pas seulement les femmes, il devient l’affichiste officiel du chanteur Aristide Bruant.

Toulouse Lautrec, Aristide Bruant, lithographie, 1893
Et Lautrec ne retient que l’essentiel de la silhouette du poète de l’argot :
Chapeau, veste de velours noir et écharpe rouge, le cocktail visuel qui frappera l’esprit de tous.
En étant un artiste à part entière, Lautrec connaît les règles de la publicité.
Et les artistes contemporains ne cessent de lui rendre hommage :

Uwe Loesch, Hommage à Toulouse Lautrec, lithographie, 2001

Ikko Tanaka, Hommage à Toulouse Lautrec, lithographie, 2001
A travers ces lithographies qui explosent de couleur, l’esprit de Lautrec se retrouve dans ces versions plus graphiques des cabarets.
L’univers de froufrous, de fête et de danse perdure au fil des siècles, merci Lautrec !
Retrouvez l’œil de Juliette la semaine prochaine ;)
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J’adore ces affiches ! merci
Merci oeil de Juliette, je suis sûre que Lautrec est aux anges…
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