Anvers, les musées, vous et moi…
Et oui, il y en a qui ont de la chance… Le week end dernier, mon ami m’a fait la surprise de m’inviter à Anvers… Et comme je pense à vous, voici rien que pour vous un petit road trip des musées d’Anvers :
En sortant de la gare, courez directement vers la cathédrale. Bonne surprise : jusqu’au mois de novembre 2009, une exposition sur Rubens, un des peintres flamands le plus important du XVIe !
Mais avant de se précipiter devant les tableaux, n’oubliez pas d’admirer l’architecture extérieure de la cathédrale :
Et l’entrée n’est pas mal non plus : le fronton du Jugement dernier est impressionnant et monumental :
Bon, assez attendu devant, allons vite découvrir les trésors qu’elle nous cache : Alors là, c’est simple : deux œuvres à nous couper le souffle. L’Erection de la croix et la Descente de croix se font écho dans le mouvement des corps et la disposition des couleurs.
L’Erection de la croix raconte l’épisode où le Christ s’est fait cloué sur la croix. Les soldats montent donc la croix pour que le Christ soit en position vertical. Rubens choisit de représenter le moment où la croix n’est pas encore levée, ce qui est original.

RUBENS, L’Erection de la croix, huile sur toile, 1610
Regardez ces corps musclés qui ressemblent étrangement à ceux de Michel-Ange.
Rubens, passionné par l’art italien, s’imprègne de la passion pour représenter l’humain : ses connaissances anatomiques ressortent dans cette œuvre à couper le souffle.
Soyez sensible au mouvement des figures. Le détail de la femme qui allaite son enfant est touchant : nous sommes devant une scène qui touche à la féminité, à la sensualité et à la maternité. Et plus encore, cette femme est une allégorie. Celle de la Charité, qui allaite le monde. Son drapé rouge vif attire notre œil, on ne voit plus qu’elle !
A l’inverse de ce tableau, La Descente de croix raconte l’épisode après la Crucifixion : il faut descendre le cadavre de la croix. Chez Rubens, le Christ a presque la même position que dans l’Erection de la croix. Son corps est encore dans les airs, il descend lentement vers le sol.

RUBENS, La Descente de croix, 1610, huile sur toile
Vous pouvez retrouver, dans ces deux œuvres, les mêmes couleurs (rouge et bleu) et le même mouvement des corps.
Personnellement, cette œuvre me plait d’autant plus que la technique de Rubens est hallucinante :
Pour peindre le sang du Christ, Rubens a utilisé du sang de pigeon ! Incroyable mais vrai…
A propos du sang, un détail magnifique :
La couronne d’épines, pleine du sang du Christ (et donc, du sang de pigeon !) est négligemment posée dans une bassine. Le sang, à la fois opaque et translucide, est ici représenté avec un talent hors du commun…
Et question scénographie, l’exposition de la cathédrale ne manque pas d’idée. Le commissaire de l’exposition joue avec les tableaux et les différents regards :
La fameuse Descente de croix de Rubens fait écho à une Descente de croix d’un autre artiste flamand. Les deux versions, selon l’angle de vue, sont juxtaposées. Les pans rouges rappellent le sang du Christ et mettent en valeur ces deux œuvres.
Remarquez les similitudes, mais aussi les différences : les deux corps du Christ se font écho dans un mouvement inversé… Magnifique !
Après ce moment religieux devant les Rubens, rien ne vaut un déjeuner 100% belge !
Et pour rester dans l’esprit Rubens, en route pour la visite de sa propre maison, Rubenshuis :
C’est dans ce cadre intime que Rubens à 53 ans, avec Hélène Fourment, sa deuxième femme de 16 ans ! Ils y passaient des jours heureux où ils ont conçus cinq enfants…
Rubens, peintre érudit, était aussi un collectionneur d’art. A l’intérieur de la maison, des pièces de collections : meubles d’époque, tableaux, sculptures qui assuraient de la richesse et du bon goût de Rubens.
Après ce moment d’intimité où j’ai pu imaginer Rubens chez lui, admirant ses tableaux et regardant le jardin par la fenêtre, j’ai pu assister à un concert classique dans son jardin… Pas belle la vie ?
Bon, on a beau aimer Rubens, il faut bien se dire qu’il n’y a pas que lui dans cette ville… Direction le musée des Beaux-arts avec une surprise à l’entrée :
Ils sont fous ces belges… Que veux symboliser cette pomme et cet œuf à côté d’une allégorie de la victoire ??? Mangez des pommes, gobez des œufs pour être plus forts ? En tous cas, l’art contemporain prend place sur la façade.
A l’intérieur, une gigantesque collection de peinture, du XVe au XXe siècle. De quoi s’occuper toute l’après-midi !
Voici une petite sélection des œuvres exposées… Tout d’abord, admirez la scénographie des sculptures, à la limite du fantomatique :
Pour la peinture au XVe siècle, l’œuvre de Fouquet provoque comme une sorte de malaise :

FOUQUET, La Vierge à l’Enfant, 1452-1455, bois, dytique de Melun
Ce tableau est d’une étrange modernité. Les corps lisses, le sein rond à l’extrême et les couleurs vives nous plongent dans un univers inquiétant.
Quelques salles plus loin, un atelier de restauration est exposé.
Le musée restaure la Crucifixion d’Hans Memling. C’est assez intéressant de voir les procédés de restauration avec la radiographie au fond de la pièce : les spécialistes scannent l’œuvre originale pour ensuite la retoucher. Quand la modernité s’occupe du passé…
En parlant de modernité, un artiste contemporain flamand occupe une des salles des Natures mortes du XVIe siècle.
Les œuvres anciennes et les œuvres contemporaines se font écho en se croisant.
Mais, pour le coup, quelqu’un peut m’expliquer le rapport entre des natures mortes, un film de voiture et des bouteilles de whisky posées sur une sorte de damier ?
En parlant de natures mortes, une version assez morbide m’a bien plu :

GIJSBRECHTS, Vanitas, huile sur toile
Dans les Vanités du XVIe siècle, tout est symbole :
Les objets sont prétextes à un message simple : nous allons tous mourir, le temps passe et fuit.
Le crâne, symbole de la mort de l’homme, est associé à un sablier, qui figure le temps qui passe.
Un autre détail symbolise la mort :
Le tabac à rouler et la pipe, détails d’une grande justesse qui provoquent aussi la mort !
Vous avez dû être sensibles à l’accumulation d’objets qui compose ce tableau. Les artistes se passionnent à cette époque pour les objets accumulés.
Voici une autre version de cette multitude d’objets, dans un autre genre :

FRANCKEN, Cabinet de curiosités, 1429, huile sur toile
Ici, le tableau prône l’art et la connaissance : les personnes cultivées de cette époque accumulaient des objets pour constituer des cabinets de curiosité.
Cabinet de curiosité, bon moyen pour exercer son talent de collectionneur : des objets de valeur associés à des tableaux et autres objets sont présents. A la Renaissance, les objets de valeur étaient surtout les objets exotiques : ce qui explique la présence des coquillages et de l’hippocampe !
Dans les dernières salles, sont exposées des œuvres plus récentes.
J’ai voulu mettre en rapport des œuvres, avec cette version plus moderne d’accumulation d’objets :

HYNCKES, Nature morte, 1949, huile sur toile
Les objets précieux deviennent ressorts, fils de fer, poutres de bois. Vous pouvez aussi retrouver la référence au tabac avec la pipe posée à droite…
Enfin, la bonne surprise : il y a trois Magritte dans ce musée ! Voici mon préféré…

MAGRITTE, Septembre, 1956, huile sur toile
Ce qu’on aime chez Magritte, c’est son esprit décalé. Cette œuvre est pleine de poésie avec cette lune cachée dans l’arbre… De quoi nous faire rêver et nous apaiser après cette course de l’art !
Encore un petit peu de courage pour profiter du musée de la musique, dans l’ancienne boucherie d’Anvers.
La guilde des bouchers ont crée ce bâtiment pour canaliser le sang des bêtes qui se répandait dans tout le quartier…
Au XVIIIe, ce sont les artisans et musiciens de la ville qui s’installent dans ce bâtiment.
Au premier étage, les instruments sont présentés : harpes, lyres, guitares, pianos…
Voici un petit aperçu :
Et le magnifique orgue du musée…
Mais SURTOUT, les cloches de la cathédrale d’Anvers, impressionnantes par leur taille !
Au rez-de-chaussée, un véritable atelier de l’époque est reconstitué : nous entrons dans l’univers des artisans avec la fabrique de cloches et de trompettes.
Et voilà, le road trip des musées d’Anvers est terminé…
Pas trop mal aux pieds ?
Allez, pour se requinquer, rien ne vaut une pause avec les plus merveilleuses spécialités de la ville !
A votre santé !
Retrouvez l’œil de Juliette à son retour de (vraies) vacances en septembre ;)































très belle promenade parmi les beautés de la ville . MERCI
Qu'en pensez-vous !